<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-8076394666653040381</id><updated>2012-01-07T06:04:24.997-08:00</updated><title type='text'>d'Junk</title><subtitle type='html'></subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://calepinsdjonk.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://calepinsdjonk.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Pat Caza</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00241266894970343549</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/_wIoLicrSD_U/SZhg53aN7hI/AAAAAAAAB9c/3BY4L5rpHuA/S220/cyclopat-128.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>6</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8076394666653040381.post-473878930560949094</id><published>2011-04-25T12:04:00.000-07:00</published><updated>2011-04-25T14:22:49.325-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Black Tar&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ma grippe est finalement passée. Après ma première nuit à la mission, vu le sale état dans lequel je me trouvais, ils m'ont admis dans une autre section du refuge où j'ai pu dormir deux nuits au chaud et reprendre des couleurs. Tout va pour le mieux, mais je pense que j'ai chopé des poux ou des morpions.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La chambrette où on m'avait installé avec trois autres types, des blacks pas commodes, était toute petite avec juste assez de place pour s'étirer et grimper dans son lit. Celui qui occupait la paillasse qu'on m'a offerte avait été expulsé la veille pour je ne sais quelle raison et j'avais l'impression que ses trois potes ne m'avaient pas vraiment à la bonne. Celui qui dormait dans le lit sous le mien m'a envoyé chier quand j'ai essayé d'établir contact en le saluant, le premier jour ou je suis arrivé parmi eux et comme ils étaient tous plus grands et plus gros que moi et qu'ils étaient trois, je n'ai pas retenté le coup. Je dormais avec ma valise entre les bras et mon Opinel à portée de main.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;J'ai passé trois nuits à la mission. Ils ont été corrects avec moi en me donnant des Tylénols matin et soir et en me nourrissant avec du gumbo, mais comme je file mieux, je préfère quitter avant qu'il ne prenne l'idée de génie à un de mes trois connards de me faire la peau pour la poignée de monnaie que j'ai dans les poches. Je suis conscient d'être depuis longtemps fort probablement viré fou, mais par cette matinée au coin de Market et de Powell street ou je suis revenu, alors que je me gratte les couilles, je me dis que ce sont surement eux qui m'ont fait le coup en trafiquant la couverture de laine qu'ont m'avait donné pour me couvrir.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;San Francisco m'écoeure, partout où je regarde c'est béton, démesure, inégalités criantes, vitesse folle, indifférence et mensonge. En marchant pour m'en venir ici, j'ai vu de près mon premier palmier et ça m'a impressionné, le petit vent frais de décembre qui souffle est revigorant à souhait et les autochtones jouant aux échecs aux abords du parc m'ont l'air sympathiques, mais c'est bien tout, le regard des gens est froid et je les sens distants et méfiants. Déprime. Physiquement, je me sens plus d'attaque que j'étais à mon arrivée, mais j'ai toujours cet arrière-goût de suicide dans la bouche qui ne veut pas me quitter. La main dans la poche de mon blue-jean, je me gratte en effleurant les quelques pièces qui s'y trouvent et je me rend compte que je n'aurais même pas assez pour me payer des lacets de bottine, encore moins pour m'acheter une corde et aller me balancer comme une noix de coco à une branche d'arbre.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je suis retourné à ma distributrice défectueuse pour me piquer l'édition du jour du San Francisco Chronicle et je me suis installé dans une cabine pour faire quelques appels à Montréal. Solliciter une ou deux vieilles copines et me faire transférer un max de pauvres dollars canadiens par Fedex, je n'ai rien à perdre d'essayer. Je raconte à quel point la Californie est belle, que je suis bronzé et pétant de santé comme un Fabio sur la couverture d'un roman Arlequin et que je pense à m'établir ici tellement la vie est facile et relaxe comme dans les films d'Hollywood et ça marche, je n'ai plus qu'à attendre la fin de la journée que le transfert soit effectué. Nous avons convenu d'un mot de passe et c'est : Paradis.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Enfin une bonne chose de réglée, d'ici la fin de la journée, je recevrai par virement une cinquantaine de piastres, assez pour bien manger et fumer pour les trois-quatre prochains jours, ne me reste qu'à m'occuper d'ici là.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Par curiosité, je m'approche des joueurs d'échecs, mais je n'y connais rien et ça me casse la tête de chercher à comprendre alors je vais m'asseoir sur un banc libre pour me reposer les jambes et jeter un coup d'oeil sur ma carte touristique question de voir s'il n'y aurait pas un quelconque truc d'intérêt dans le coin à aller visiter en attendant.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La tête dans ma valise, occupé à démêler mes guenilles de mes paperasseries, je suis à la recherche de ma carte quand j'entends le «pschit!» familier d'un dégoupillage de cannette et que j'aperçois un géant aux longs cheveux noirs prendre place à côté de moi.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Hey buddy, want a beer ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il porte un long manteau d'armée dans le style de ceux que portaient les mods du temps des The Who, un blue-jean déchiré aux genoux et des bottines de travail délacées et barbouillées peinture. Il me sourit d'une façon qui me semble sincère, gros pif, teint basané et grands yeux noirs avec au bout de son bras tendu, dans sa main, une cannette de Budweiser. Je me dis qu'après tout, ce sont des protéines et qu'on en a jamais assez et j'accepte.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Thanks, man, I'm Pat, what's your name ?&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Amérindien, Apache, il me dit s'appeler Harry, qu'il vient du Dakota et qu'il est en route vers le nord du continent pour aller rencontrer des cousins à lui, de l'autre côté de la frontière en Alberta.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le type m'intrigue, voyageur ne transportant aucun bagage, il émane de lui des vibrations de force, de paix et de détermination tranquille qui me donnent quasiment  la chair de poule et me déstabilisent comme si je venais de me prendre une gifle sur le museau juste en étant en sa compagnie et en ayant accepté cette cannette de Bud.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Après m'avoir donné à boire et s'être présenté en quelques mots, il s'est tu, a posé sa cannette près de lui, sur le banc, a croisé les bras, m'a souri en prenant une grande respiration et s'est alors retiré dans son monde tout en ayant l'air de regarder devant et de s'amuser à la vue des touristes qui passaient dans tous les sens. Bizarre, j'ai soudain la forte impression d'avoir un arbre à côté de moi, un arbre ou un rocher ou même, vu son regard et la forme de son nez, un aigle à l'affut d'une proie, juché sur la branche d'un vieil arbre solitaire poussant sur le flanc d'une colline rocailleuse.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je referme le couvercle de ma valise bleue, la dépose sur le sol et tout en me régalant de sa bière américaine au goût de pisse, je me met à lui raconter mon histoire et la situation dans laquelle je me trouve dans cette ville de fous à l'autre bout du monde et loin de chez nous. Je vois bien qu'il m'écoute même s'il ne bouge pas parce qu'il fronçe les sourcils et que je peux voir se creuser des rides sur son front. Il me laisse parler et je suis certain qu'il m'écoute et je continue à vider mon sac. Quand j'en ai fini avec ma cannette de bière, je la lance au pied d'un arbuste derrière le banc et comme s'il attendait ce signal, il se lève, prend une dernière gorgée et lance sa boite vide près de la mienne et il me regarde droit dans les yeux en me tendant la main.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Patrick, this town is no good for you, it's going to chew you up and spit you out, you should run away from here as soon as possible and go back home.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et après m'avoir serré la pince, salué de la main en silence et sans attendre de réponse de ma part, il est reparti.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;City Lights - Un point sur ma carte indique la fameuse librairie fondée par Ferlinghetti dans les années cinquante et rendue célèbre pour avoir publié et lancé un paquet d'écrivains de la Beat generation. Ce n'est pas trop loin, j'ai le temps et j'ai surtout le goût de me brasser les plumes et reprendre de l'aplomb après ce que ce weirdo d'apache vient de me dire.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;L'oeil picotant, je remballe la carte, pige dans ma blague à mégots, me roule une clope et me prépare à me mettre en route. Les mains me tremblent, je n'en reviens toujours pas, fuck you, l'apache ! Me sauver et m'en aller d'ici, comme si je le pouvais encore ! Maudit indien de cul, de quoi je me mêle ? Je me coince le bout de papier et de tabac entortillé tout croche qui me tient lieu de cigarette entre les lèvres et je me lève du banc avec ma valise bleue au bout du bras. Tout ce que j'aurais le goût de faire en ce moment, ce serait de la lancer à l'aveugle, le plus loin possible dans la foule, qu'elle aille s'écraser sur la tête de quelqu'un et que par magie et rebond karmique, goutte faisant enfin déborder ma coupe, ce soit moi qui s’effondre, le crâne défoncé, raide mort.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Mon itinéraire me fait traverser une partie du quartier chinois. Rien de particulier à part la pente des rues. Pareil à tous les autres quartiers chinois d'Amérique, ça pue, on dirait qu'il y a des cadavres de chien pleumés accrochés par les pattes arrières dans toutes les vitrines de boucherie et je ne peux m'empêcher, en voyant les fenêtres à n'en plus finir des étages au-dessus des commerces, de me demander à combien de millions ils sont entassés là-dedans et par quel miracle il ne s'en défenestre pas un à la minute.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;City Lights et la Jack Kerouac Alley, doux Jésus, quel cirque ! Si je n'étais pas si déprimé, je ferais tout sauter ou je serais crampé de rire et plié en deux et je me roulerais à terre dans mon renvoyage. C'en est assez, quelle ville de merde ! Et en un instant, flashback, je me retrouve dans la mienne, de ville, d'où je viens, dans le red-light au coin de Ste-Catherine et St-Laurent, au Dunkin Donut des putes où en entrant on était assailli par une odeur de cul et de vieille plotte usée et j'ai l'impression de sentir et d'entendre mon vieil indien perché au-dessus de mon épaule, tel un oiseau de mauvais augure, qui me jappe et croasse dans l'oreille « je te l'avais bien dit, gars ! ». Si je reste ici une seconde de plus,  le cerveau risque de m'exploser.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et je cours à toutes jambes, je fuis ce putain d'endroit de malheur sans regarder où je me dirige, juste courir et courir à n'en plus pouvoir, courir comme un fou jusqu'à ce que les battements de mon coeur me rendent sourd et que les larmes dans mes yeux m'aveuglent, courir jusqu'à en tomber d'épuisement à quatre pattes dans un parc déserté et à m'en vomir toute la bile du système.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Une fontaine, j'en profite pour m'asperger le visage d'eau fraiche et me rincer la bouche. Me dégueuler tout le contenu des tripes n'a été qu'un soulagement de très courte durée, aucun fun, et ce parc que je croyais désert, était en réalité squatté par deux cops qui n'ont fort probablement rien manqué de mon petit manège. Du coin de l'oeil, je les vois s'en venir dans ma direction, les bras pendants le long du corps comme ils font d'habitude quand ils s'approchent d'un danger potentiel. Je continue de faire comme si de rien n'était, au fond, aucune raison de trop m'en faire, je n'ai rien sur moi d'incriminant ni dans mon bagage. Je fais semblant de m'abreuver et comme le jet d'eau de l'abreuvoir me pisse dans l'oreille, je les observe s'approcher.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un gars et une fille, à peine plus âgés que moi, le policier mec étant plus grand que sa partenaire, la chick, un peu plus large des hanches que des épaules. Ma paranoïa me joue souvent des tours ces derniers temps et ici, encore une fois, moi qui m'attendais à recevoir un traitement à la Rodney King, je suis pris de court par leur approche. Ils sont de bonne humeur, deux belles personnes souriantes et au regard clair et comme ils arrivent, je peux voir dans l'expression de leurs visages qu'ils n'ont pas une once de mauvaise intention à mon égard, ils ont plutôt l'air soucieux et bienveillants. Le grand m'explique qu'ils m'ont vu gerber et ils se demandent si je me porte bien et si j'ai besoin d'aide. Je leur sors une histoire à propos de chat de ruelle, d'un plat du jour de restaurant chinois et de mauvaise digestion et je les remercie pour leur sollicitude, que je me sens mieux et que je devrais survivre. Ils rigolent et la fille me fait alors une remarque au sujet de mon drôle d'accent et me demande d'où je viens. Plus à l'aise, je leur raconte les grandes lignes de ma virée et sans trop vouloir jouer les victimes, leur confie que je me sens un peu perdu et que je ne sais plus trop où aller pour dormir et manger sans un rond en poche dans leur méga-cité.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ils me demandent si j'ai une carte de la ville, le type passe ses mains sur le devant de sa veste pare-balles pour me montrer qu'il n'en a pas sur lui et la fille sort de ses poches un stylo et un calepin qu'elle ouvre. Je leur réponds que j'en ai une et je m'en vais la chercher dans ma valise pendant qu'ils se consultent entre eux. Quand je reviens avec mon plan des rues, ils me refilent quelques adresses utiles, des missions pour la plupart, la Sally Ann, une église des soeurs grises, un centre communautaire et après, ils sortent de leurs poches et m'offrent quelques dollars en me recommandant de faire attention à certains quartiers où ça peut être dangereux de se promener quand on est blanc, touriste et seul. La cop, en quelques coups de stylo les encercle sur ma carte.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je les remercie pour leur générosité et leur gentillesse et on se sépare en se serrant la main. Je les quitte en me disant qu'elle est bonne celle-là et que j'ai hâte de la raconter à quelqu'un, que les pires salopards de la planète ne sont pas toujours ceux qu'on croit et comme je me dis ça, je fouille dans ma poche pour palper les billets qu'ils m'ont donnés, je me retourne pour m'assurer que je n'ai pas rêvé et je les vois s'abreuver à tour de rôle à la fontaine à côté de laquelle je vomissais il y a une dizaine de minutes.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pendant que nous consultions la carte, j'ai remarqué qu'il y avait une bibliothèque municipale sur Market street pas trop loin de l'endroit où j'ai rencontré mon apache plus tôt dans la journée. J'ai encore du temps devant moi et tant qu'à le perdre, autant aller y jeter un coup d'oeil. Je ne sais pas trop pourquoi, mais il me revient à l'esprit un passage d'une saison en enfer où Rimbaud parle de la beauté qu'il assit sur ses genoux et je file pour relire ce texte, comme un appel. J'espère qu'ils l'auront en français.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La bibliothèque en impose, une bâtisse géante de marbre et  de granit avec des colonnes à n'en plus finir, des portes format château et une grande plaque de bronze près de l'entrée qui certifie que l'édifice est à l'épreuve des tremblements de terre. Devant, il y a un grand parc avec des arbres, des bancs et des blocs de béton évidés servant de bacs à fleurs avec, disséminés ça et là, des campements où des itinérants et des punks se sont construits des abris de fortune avec des boites de carton et des toiles plastiques tendues entre les arbres ou des carrosses d'épicerie. Spectacle tout en contrastes.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;L'intérieur du temple dédié aux livres est encore plus impressionnant que son extérieur, des étagères et des étagères à perte de vue, des plafonds hauts, encore des colonnes, des lustres suspendus et plein d'oeuvres d'art, peintures et statues un peu partout. Je prends une chance et vais m'informer auprès d'une vieille dame installée derrière un comptoir, est-ce que je pourrais emprunter un ou deux livres même si je n'ai pas d'adresse permanente ? Gentiment, elle me répond que c'est possible, que je n'ai qu'à lui donner l'adresse du refuge où je crèche et que ça me permettra d'obtenir une carte temporaire me donnant droit d'emprunter un livre à la fois. Je lui fournis l'adresse de la mission où j'ai passé mes dernières nuits et elle me remet une belle carte blanche avec mon nom et un code-barre dessus. Je suis fier, ma première pièce d'identité américaine, une carte de bibliothèque. Je cours me chercher un livre et comme je n'ai pas la patience ni le temps de me chercher un Rimbaud en français, je me rabats sur un Burrough qui trainait sur le coin d'une table présentoir, son premier: Junkie. Je le fais enregistrer à mon nom avec ma nouvelle carte et je retourne d'où je viens, dans la rue.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je reste un instant en haut des marches de la bibliothèque, le temps de feuilleter ce vieux bouquin écorné et jauni avec ma valise à mes pieds et de me rouler une cigarette. Dans le parc, les citoyens vont à leurs occupations avec les fesses serrées et d'un pas accéléré et les SDF s'affairent tranquilles autour de leurs cabanes improvisées.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Du côté de Market street, près d'un banc, d'un bac à fleurs et d'un arbre, je reconnais un punk que j'ai croisé à quelques reprises à la cafétéria de la mission. Il semble être plus jeune que moi, début vingtaine. Ses cheveux jaunes javelisés et dressés en pics lui donnent une allure de cactus amoché vétéran de guerre, ses jeans déchirés sont retenus par une ceinture de munitions et il porte un t-shirt à l'effigie des Armed &amp;amp; Hammered, un groupe de musique punk de Toronto et de vieilles connaissances. C'est ce détail qui attire et retient mon attention, je suis intrigué et comme j'ai encore du temps à bruler, je décide de l'approcher pour lui demander où il a péché ce chandail.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et c'est bien ce que je croyais, il est originaire de Toronto, il connait lui aussi mes vieux potes, les Bunchofuckingoofs, et les Hammered et comme moi, ses bras lui évitent d'avoir à me faire un dessin, c'est un junkie à la dérive. Toronto étant loin d'être un club Med pour un toxico et où dénicher de la dope n'est pas de tout repos, il s'en est enfui et s'est retrouvé ici. Il est sympathique et d'abord facile, on se sert la pince comme de vieux cousins éloignés et il me présente sa petite amie.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Pendant que nous jasions et nous présentions l'un à l'autre, elle était restée en retrait, je la voyais du coin de l'oeil, assise en indien sur le banc et avec la pointe de la langue sortie entre ses lèvres, les sourcils froncés et comme si rien au monde n'existait que le bout de ses ongles, elle les vernissait en rouge «drop-dead».&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Toute petite, une punkette avec des lulus, une jupette carreautée, un t-shirt des Dead Kennedy's débraillé, des collants déchirés et des petites bottes d'armée trop grandes pour elle. Ses yeux m'arrivaient à peine à hauteur du menton et au mieux elle devait peser une cinquantaine de kilos. Quand son copain l'a appelé pour qu'elle vienne se présenter, elle s'est donné un dernier coup de pinceau, a bondit sur ses pieds et elle est venue me donner une claque sur l'épaule de la paume de sa main ouverte en me disant s'appeler Sandra, Sandy avec un air de défi et du feu dans les yeux.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Toute petite et menue et avec un accent du Texas à couper au couteau, elle me demande comment j'aime la couleur de ses ongles avant de se lancer dans un discours sur l'utilité, dans la rue, de toujours avoir des griffes bien aiguisées pour pouvoir se défendre et comment, un jour, elle s'est fait agresser par un vieux bum vicieux et que jamais au grand jamais, elle ne se laissera reprendre. « Le prochain qui tente son coup, je lui crève les yeux comme le chien bâtard qu'il est !» qu'elle me dit avec dans le regard tant de colère et de conviction que j'en reste figé sur place, glacé. Un vrai petit animal sauvage et indomptable !&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Vincent le punk gigote et piaffe d'impatience, je suppose qu'il est en manque. Il renifle et en tirant sur la manche de son t-shirt, il se mouche avec et les histoires de sa petite amie ont l'air de lui passer cent pieds au-dessus de la tête. Je reviens à lui et pour changer de sujet, lui demande s'ils accepteraient de m'accompagner à la Fédex où à l'heure qu'il est, j'ai sûrement reçu mon blé de Montréal. En entendant le mot «cash», je peux voir ses yeux s'allumer, foutus junkies, tous les mêmes ! Mais il n'est pas question que je le laisse commencer à se faire des idées, alors je lui dis qu'après nous pourrions tous aller casser la croûte ensemble au restaurant, que j'invite. La petite refuse, prétextant qu'elle a des copines à aller rejoindre, mais lui accepte et nous nous mettons en route.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comme nous marchons en direction de la Fédex, par curiosité, je ne peux m'empêcher de lui demander à quoi ressemble la dope qu'on peut se dénicher dans cette ville de fous. Il m'explique alors qu'il trouvait beaucoup mieux en terme de qualité à Vancouver, et que depuis quelques semaines en plus le marché ne vaut pas grand chose. Les Chinois chez qui il s'approvisionne normalement sont à court de stock et qu'il doit maintenant se rabattre sur de la came cheap, de la black tar, qu'il se procure auprès d'une bande de Mexicains de la rue.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Je n'ai aucune intention de flamber mon argent sur de la dope et avec un nom comme goudron noir, elle n'a rien pour m'aiguiser l'appétit, mais je n’en ai jamais entendu parler, alors je lui demande de m'en dire plus. La black tar, il m'explique, c'est de l'opium mal raffiné dans des labos du Mexique et qui se vend sur la rue, ici. Il ajoute aussi que c'est loin d'être de la china white ou de l'Afghane en fait de qualité de buzz, mais qu'une fois en manque, c'est toujours mieux que rien et que ça fait l'affaire.&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pendant tout ce temps, je l'ai laissé parler en rêvant d'un bon repas chaud et plus qu'autre chose, son histoire me dégoute et me décourage. Encore une fois, je me prends à détester cette ville et enfin, ça met fin à cette conversation à sens unique et stérile, nous arrivons au comptoir de la Fédex. Je lui demande de m'attendre dehors et de se fouiller les méninges pour nous trouver un bon restaurant parce que je commence à avoir sérieusement faim et j'entre dans le bureau de change. Comme il n'y a que deux personnes en file devant le comptoir, l'attente n'est pas très longue et quand vient mon tour, la chance, le virement a été effectué dans les temps et je peux retirer ma quarantaine de dollars US sans problème.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Heureux, je reviens rejoindre le punk sur le trottoir et l'estomac me criant famine, je m'entends lui dire ces mots :&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;— Let's go man, I'm starving, let's go see those mexicans !&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8076394666653040381-473878930560949094?l=calepinsdjonk.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/473878930560949094'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/473878930560949094'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://calepinsdjonk.blogspot.com/2011/04/black-tar-premiere-partie-ma-grippe-est.html' title=''/><author><name>Pat Caza</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00241266894970343549</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/_wIoLicrSD_U/SZhg53aN7hI/AAAAAAAAB9c/3BY4L5rpHuA/S220/cyclopat-128.jpg'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8076394666653040381.post-4969635022985402171</id><published>2011-01-01T08:01:00.001-08:00</published><updated>2011-01-20T05:23:10.858-08:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>White Niggers of America&lt;br /&gt;San Francisco, décembre 1994&lt;br /&gt;(part one)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le voyage de Seattle à ici a été pénible. Les paysages traversés étaient d'une beauté hallucinante, la côte ouest du continent est une merveille à découvrir et je me souviens d'une halte, à Portland en Oregon où la vue des montagnes enneigées à deux pas d'où on s'était arrêté dans le centre-ville qui était tout simplement à couper le souffle, mais je suis malade comme un chien depuis le départ. Dans l'autobus, je me suis installé dans le fond et j'ai occupé mordicus deux bancs à moi seul. J'arrive à peine à m'endurer et je n'aurais pas la force de me taper la foutue gueule d'un touriste chinetoque hyperpoli ou d'un enculé d'américain qui voudrait me parler de thanksgiving et des tartes aux patates douces de sa tante. Je suis en manque d'héroïne, toutes les articulations de mon corps me démangent cruellement, j'ai les tripes nouées à triples tours, j'ai que le goût de me vomir les entrailles et comme si ce n'était pas assez, je descends de ma dernière virée de coke et le down est absolument insupportable, j'entends des meutes de loups brailler et hurler au mort dans ma tête et j'en frissonne comme un cabot qui viendrait de manger la raclée de sa vie. Heureusement, je pense que ça se voit un peu, alors personne n'ose me déranger, ils vont s'asseoir ailleurs et me laissent tranquille, roulé en boule dans mon coin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis débarqué de l'autobus Greyhound, il faisait nuit. J'ai marché jusqu'au coin de Market street et Powell où il y a le terminus de cable-car célèbre qu'on voit dans tous les films, j'ai relevé la tête et j'ai regardé autour de moi, que des putains de gratte-ciel et du béton à perte de vue, morviat dégueulasse dans le caniveau, quelle merde !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après deux jours et demi de route, je suis moins malade de manque, mais à cause du climatiseur dans l'autobus, du paquet d'arrêts qu'on a du faire et de mon état à la limite de la zombitude, je me suis chopé une vilaine grippe. Je fais de la fièvre, je tousse creux, je crache sale, je grelotte et j'ai des sueurs froides; j'ai un peu moins de cinquante piastres dans les poches et il faut que je me dégote une place où me reposer pour la nuit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le préposé au comptoir du YMCA me scrute drôle de la tête aux pieds. J'ai la crinière en bataille, une de mes bottes de marche à la semelle à moitié arrachée fait un grand sourire d'où le bout de mon bas dépasse, mon coupe-vent rouge des Stampeders de Calgary est tout fripé et sa couleur détonne d'avec celle, bleu-pastel délavé, de ma valise où j'ai écrit «Just Married !» en grosses lettres de ruban masque beige avant de partir de Vancouver. Comme ma bottine, je lui fais un grand sourire, sauf que le mien lui dit «je t'emmerde !» et je dépose sur le comptoir,devant lui, mes derniers billets et mes dernières pièces : quarante quelques dollars. Tout ce qui m'importe en ce moment c'est d'aller m'écraser sur une paillasse et dormir, dormir, dormir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;White Niggers of America&lt;br /&gt;San Francisco, décembre 1994&lt;br /&gt;(part two, the insomnia session)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je dormais à poings fermés avec la moitié de la face baignant dans la bave quand la femme de chambre m'a tiré de mon sommeil. Au début, j'étais tellement dans les vapes et perdu que je ne comprenais pas pourquoi j'entendais cogner dans ma tête, mais au bout de quelques secondes je me suis rendu compte que ça venait de la porte. Je me suis levé en toussant et après avoir craché quelques bouts de poumons dans la corbeille, les yeux encore tout gommés et avec la couverture enroulée autour de la taille, je suis allé ouvrir. Elle se tenait là, les mains sur les hanches, debout devant moi, l'air un peu incrédule, mais souriante, une toute petite latino dans la soixantaine, grassette en robe blanche avec des gants de caoutchouc jaunes et des souliers de course Nike géants. &lt;br /&gt;— Room service, mister !&lt;br /&gt;Et poliment elle m'expliqua qu'il ne me restait qu'une dizaine de minutes pour aller repayer la location de la chambre pour la journée à défaut de quoi je devais décamper pour qu'elle puisse changer les draps et passer l'aspirateur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dix minutes plus tard, je me roule une cigarette sur le trottoir devant le Youth Hostel et je commence à me demander comment je vais me débrouiller pour me retrouver dans cette méga-ville où je ne connais rien à part quelques trucs que j'ai lus dans des livres à mon adolescence ou dans de vieux Rolling Stone Magazines.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un camion à ordures stationné de travers dans la rue mène un vacarme d'enfer pendant qu'un gros éboueur black le remplit de sacs dégoulinant de jus, des yuppies en joggings ou encravatés entrent et ressortent par les portes tournantes du centre sportif derrière moi, le soleil me plombe sur la tête comme un mongol et j'ai besoin de mes lunettes noires avant de me mettre à gerber comme dans le film Carrie parce que c'est un petit peu trop pour le peu de génie que j'ai de disponible en ce moment. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voyons voir: je n'ai presque plus un rond en poche, l'estomac me gargouille parce que je crève de faim, je suis encore fiévreux, j'ai mal dans le poitrail quand je tousse et je crache des trucs de drôles de couleurs et je n'ai pas trop de temps à perdre parce qu'il faut que je me trouve un coin à la chaleur ou dormir ce soir. Bien que je sois en Californie, je suis encore haut dans le nord de l'état et comme on est en décembre, avec ma grippe, je ne peux pas me permettre de dormir sur un banc de parc. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je finis ma cigarette en étudiant le plan de la ville que j'ai ramassée au comptoir de l'hôtel. Je n'ai aucune idée par où commencer et comme il n'y a aucune mission ou aucun refuge d'indiqués sur la carte touristique je devrai improviser et prioriser en tenant compte du plus urgent. Je retourne et retourne la carte, je repère sur un poteau le nom des rues de l'intersection où je me trouve et me situe sur le plan et ça y est, j'ai décidé de mon itinéraire : direction Haight &amp;amp; Ashbury, il faut que je me déniche des mégots pour remplir ma blague à tabac et je trouverai bien le reste en cours de chemin. Juste avant de partir, crampé en deux, je m'étouffe presque en toussant et ce coup-ci, je crache un méchant morceau jaunâtre avec dedans un petit filet de rouge inquiétant qui me confirme que j'ai pris la bonne décision, si je suis pour crever, mieux vaut me dépêcher d'aller me recueillir à genoux devant la porte du Filmore West question de ne pas passer pour un sans-coeur quand, arrivé au ciel, je croiserai Jimi, Janis et Jim.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;White Niggers of America&lt;br /&gt;San Francisco, décembre 1994&lt;br /&gt;(part three)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dire que je rêvais de ce moment depuis le noël où j'ai reçu ma première guitare électrique, c'est décevant et ça me fait comme si on venait de me retirer ma belle raison romantique de venir mourir ici. Le coin de Haight &amp;amp; Ashbury n'est rien d'autre qu'un maudit coin de rue, rien de plus. Sur, il y souffle ce petit je-ne-sais-quoi de mystique propre à la côte ouest, mais il souffle aussi sur la rue d'à côté et dans la ville voisine, et ce, de Vancouver à San Diego; sur, les maisons sont belles et elles ressemblent à celles que j'ai vues sur un paquet de posters et de pochettes de disques, mais ce ne sont que des maudites maisons après tout et peut être encore pire, probablement des condos. Pas un seul freak en coccinelle mauve, aucune grande blonde à poil qui fait flamber son soutif au bout d'une branche et même pas de stand de LSD déguisé en camion de crème glacée. Tout ce que je peux trouver de contre-culturel, c'est des bums alcooliques sur le déclin, quelques punks crasseux avec des chiens pouilleux et tantôt un speedfreak plein de bobos dans la face qui voulait m'arnaquer ma monnaie en me vendant un vieux fond de sac de pot sec.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c'est la même chose avec le Filmore, qu'une bâtisse déprimante en blocs de ciment gris avec une odeur de vieille pisse dans l'entrée, une salle de spectacle comme toutes les autres avec une affiche et des noms de groupes dessus qui ne me disent rien. Je m'en suis approché et j'ai collé ma main et ma face contre un des murs, rien. Je n'ai senti aucun buzz, entendu aucun feedback et je n'ai eu aucune illumination. S'il y a de quoi, je me sens un peu débile et c'est tout. Et je continue de cracher dégueulasse et ce ne sont plus seulement que des petits filets rouges suggestifs que je vois dans mes crachats, c'est bien du sang maintenant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma blague à tabac est pleine à déborder, mais j'ai le ventre vide, il faut que je bouffe. Je marche sans trop savoir où je m'en vais, je longe les murs, j'évite les regards et je dois faire cinq cents de fièvre parce que j'ai l'impression d'avoir une machine à pop corn qui déboule un escalier en colimaçon dans le crâne. Après quelques pâtés de maisons, je passe devant les vitrines de ce qui me semble être un local commercial abandonné. Je continue sans prêter attention, mais une vingtaine de pas plus loin, mon cerveau malade et flottant dans la morve allume, écrits sur la porte du local il y avait les mots : God, machin, church, people et free meal. Perdu comme je suis, je ne comprends rien aux autres mots, mais free meal, ça veut dire, manger gratos, alors je reviens sur mes pas et prends la chance de tester la porte pour voir si elle s'ouvre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand j'entre, ils sont trois blacks assis à une table autour d'un jeu d'échec qui relèvent la tête avec l'air de se demander d'où je sors. Je leur dis bonjour en anglais, et un peu gêné, je leur baragouine que j'ai faim et que je viens pour l'annonce dans la porte. Le plus grand et le plus gros des trois consulte ses potes du regard, il se lève de sa chaise et de sa main, aussi grande que ma tête, il m'invite à m'asseoir à la table voisine de la leur. Il ne sourit pas du tout et j'ai même l'impression qu'il a l'air fâché et ça me fait un peu peur, mais quand il me dit d'attendre une minute, il m'appelle brother. Je le remercie en prenant place, mais ça me fait tout bizarre en dedans, eux, d'où ils sortent ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un coin, il y a une étagère avec des livres dedans et un bouquet de fleurs dans un pot dessus. Dans un autre coin, il y a un four micro-ondes sur une tablette avec dessous, un mini frigo. Le plafond est blanc et il n'y a rien sur les murs bleus à part un grand poster de John Coltrane. Rien d'autre aussi dans la place que deux grandes tables et plein de chaises. Sur leur table, près de leur jeu d'échec, ils ont un ghetto blaster qui crache du jazz à pleine tête, je suppose que c'est le type du poster qui joue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;White Niggers of America&lt;br /&gt;San Francisco, décembre 1994&lt;br /&gt;(round final)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Protégée par une grille et accrochée au mur au-dessus de ma tête, une vieille horloge d'école compte le temps qui passe. La trotteuse avance en tictaquant boiteux à chaque seconde et ça me fait halluciner, aussitôt que je ferme les yeux, j'ai l'impression d'être épié par une grosse araignée mécanique qui me tourne autour en se déplaçant au plafond. Aux demi-heures, un vieux nègre maigrichon aux cheveux blancs fait sa ronde pour vérifier si tout le monde dort bien. Il fait le tour du dortoir en se trainant les pieds et en éclairant le sol entre les rangées de lits de camp avec sa lampe de poche. À sa dernière tournée, il m'a apporté un seau pour cracher dedans et un long bout de papier à main brun-rugueux pour que je puisse me moucher avec. J'entends un des gars grogner et rouspéter autour, je dois l'empêcher de dormir à force de tousser et m'époumoner comme je fais. Je suis transi par le froid, je tremble comme une feuille, je suis bouillant de fièvre et je nage dans ma sueur. Délire presque. J'ai une couverture de laine pour me couvrir qui me réchauffe un peu, mais comme le lit de camp de surplus militaire sur lequel je suis couché n'est rien d'autre qu'un bout de toile tendue sur une armature, je sens l'air froid de la nuit me rentrer dans le corps par en dessous. Je prie que ça en finisse, je n'en peux tout simplement plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Finalement, les trois types de cet après-midi ont été cools avec moi. Je n'ai pas toute ma tête et c'est surement pourquoi je deviens parano et distortionne la réalité comme je l'ai fait avec eux. En plus de me nourrir, ils m'ont donné l'adresse d'une crèche où je pourrais aller passer la nuit à l'abri. De grands frères attentionnés n'auraient pas agi autrement. J'étais toujours malade, mais je me sentais un peu mieux, plus léger. J'avais le temps, alors j'en ai profité pour jouer au touriste, me trouver une distributrice à journal avec la porte défectueuse et je suis venu repérer le refuge. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils étaient déjà une dizaine de pauvres hères comme moi à attendre en file le long du mur qui menait à la porte de la mission. J'ai balancé ma valise par terre près de celui qui était le dernier en ligne et je me suis assis dessus. C'était un vieux noir avec des cheveux poivre et sel et une barbe de plusieurs jours, mais il n'avait pas l'air d'un clochard comme les autres. Il avait une guitare électrique avec lui et il était assis sur un vieil amplificateur amoché. Il portait un chapeau de cowboy, un veston de suède avec des franges et des bottes western usées à la corde. Au lieu de lire mon journal, je me suis présenté à lui et il m'a tendu la main. Stan, Georges ou Lesley, j'ai oublié depuis, mais c'était un bluesman en tournée à qui il manquait des fonds pour se payer l'hôtel, une histoire de bonne femme et ses potes qu'il devait aller rejoindre le lendemain à L.A. pour un spectacle. Bien entendu, on a parlé musique, le bonhomme avait déjà joué avec Muddy Waters et plein d'autres grands noms, c'était même un des proches de Brownie McGee. J'étais assis à côté de lui et on partageait son flasque de bourbon et mes clopes pendant qu'il me racontait des anecdotes avec son accent du sud. Je croyais rêver, un vrai bluesman comme dans les chansons. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un peu plus tard est arrivé un jeune qui s'est assis près de moi, à même le trottoir, en s'adossant au mur, l'air battu et déprimé. Encore un noir, début de la vingtaine, des blue-jeans élimés, des espadrilles de rapper démolies aux pieds et un jacket sport à l'effigie des Raiders de Oakland sur les épaules. Il se prénommait Steve et il m'a poliment demandé si je pouvais lui refiler une cigarette. Je lui en ai offert une et lui ai demandé s'il était originaire d'Oakland, la ville est juste de l'autre côté de la baie de San Francisco. Il s'est allumé et il m'a répondu oui en même temps qu'il jetait son allumette sur le trottoir. Oakland, je connaissais bien pour avoir lu plein d'histoires dessus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et j'ai commencé mon rap. Oakland, la ville des Black Panthers, Newton, Cleaver, est ce qu'il connaissait ? Et je lui ai parlé de la façon dont les frenchies étaient traités à une époque par les anglais au Québec, les conditions de travail, les luttes pour la défense de langue française, la révolution tranquille et le FLQ, les attentats, les bombes, les enlèvements et Pierre Vallières avec son bouquin Nègres Blancs d'Amérique. «White nigger of America, man, its like we are brothers, you and I, aint it, hey ?». Et il m'a regardé dans les yeux, droit dans les yeux, en tirant une bouffée de sa cigarette et la resoufflant. Sa main était toutes craquelée et gercée, deux de ses ongles étaient bleus et les autres étaient remplis de crasse. Ses cheveux crépus étaient ébouriffés et il portait dans son cou, de l'oreille gauche à la pomme d'Adam, une longue et large cicatrice. Tout jeune, à peine la vingtaine et déjà il lui manquait la moitié de ses dents et ses yeux, ces grands yeux jaunes et injectés de sang que je n'oublierai jamais, ce regard. Non, il ne connaissait pas les Panthers, en n'avait jamais entendu parlé. Et sa bouche s'était refermée, les lèvres juste un peu pincées avec ces grands yeux d'enfant, aucun mépris ni dégout ni rien de semblable dans son expression, juste de la tristesse, une profonde tristesse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s'est retourné, a baissé la tête et écrasé sa cigarette sur le ciment entre ses jambes et s'est mis à jouer dans la poussière avec ses doigts, clore la conversation. Le vieux bluesman avait descendu son chapeau de cowboy sur ses yeux et faisait semblant de dormir. Et soudainement, je me sentais affreusement seul, seul. Nègre blanc d'Amérique, ça a été la dernière fois de ma vie que je me suis servi de cette expression.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8076394666653040381-4969635022985402171?l=calepinsdjonk.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/4969635022985402171'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/4969635022985402171'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://calepinsdjonk.blogspot.com/2011/01/white-niggers-of-america-san-francisco.html' title=''/><author><name>Pat Caza</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00241266894970343549</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/_wIoLicrSD_U/SZhg53aN7hI/AAAAAAAAB9c/3BY4L5rpHuA/S220/cyclopat-128.jpg'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8076394666653040381.post-736194912935891316</id><published>2009-09-14T08:53:00.000-07:00</published><updated>2009-10-03T05:52:55.754-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_wIoLicrSD_U/SrAB5EwexwI/AAAAAAAACHc/nisfg8sYLqM/s1600-h/CobaltHotel.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5381803634748999426" style="margin: 0px auto 10px; display: block; width: 240px; height: 320px; text-align: center;" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_wIoLicrSD_U/SrAB5EwexwI/AAAAAAAACHc/nisfg8sYLqM/s320/CobaltHotel.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt; &lt;em&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;pour TM&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;br /&gt;J'étais en manque la première fois que je l'ai rencontré, c'était l'heure du souper. L'automne approchait, il commençait à faire noir, un vieux lampadaire grésillait de peine et de misère au-dessus de nos têtes. Fallait vraiment être mal pris pour venir manger là, je l'étais, en ligne parmi une centaine d'autres perdus sur le trottoir devant la Salvation Army.&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;La Sally Ann au nord de la rue Hasting était le dernier recours pour le monde de la rue, la pire place sur le continent que j'ai connu de ma vie. De toutes les missions du coin, la dernière ou tu voulais aller. Ils servaient ce qu'on appelait de la sloppe, j'ai toujours cru que c'était de restants de table qu'ils ramassaient pendant le jour dans les poubelles de restaurants et qu'ils nous resservaient, le soir, en gibelotte dans une sauce brun morve. Dans ton assiette, il pouvait y avoir des morceaux de poissons, dans celle de ton voisin, des bouts de viande et dans une autre, des mottons de pâte, on ne savait jamais réellement ce qu'on mangeait, on se fermait les yeux et on avalait en vitesse jusqu'à plus faim. Tout ce qui comptait.&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Il restait une quinzaine de minutes avant qu'on ouvre la porte pour nous évangéliser avec des chansons de Jésus et des sermons. J'ai sorti ma blague de tabac remplie de mégots et je me suis roulé une cigarette. J'allais l'allumer quand il m'a tiré après la manche pour m'en bummer une. À son accent gros comme le bras j'ai tout de suite compris qu'il venait du Québec. Jean-René, qu'il s'appelait. Il portait des guenilles et il faisait presque peur tellement il était maigre et crasseux. On s'est salué et raconté nos histoires, l'usuel d'ou on venait et le comment du pourquoi on avait échoué ici. Il a essayé de me vendre une seringue comme si j'étais un débutant, je lui ai demandé s'il pouvait trouver de la China White, il m'a répondu que non. Après le repas il allait scorer de la coke à un latino cool et je pouvais le suivre si je le voulais, bof, que j'ai dit, pourquoi pas, je n'avais rien de mieux à faire. C'est ainsi que fonctionnent les bêtes sur Skidrow, elles se piffent, se battent, vont leur chemin ou partagent leur pitance. En plus d'être sympathique et streetwise, il était le premier francophone sauté sur qui je tombais depuis mon arrivée.&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Après m'être bourré la fraise de sloppe, je l'ai suivi chez son dealeur. Le reste de la soirée, on l'a passé ensemble, speedés comme des freaks à vendre des seringues aux putes, à leurs clients, aux touristes et à tous ceux qu'avaient pas la patience d'attendre le camion de la clinique de prévention qui passait aux trois heures. Downtown Eastside est une jungle et un centre d'achat pour junkies qui roule 24 sur 24, aucun moyen de faire dix pas sans se faire offrir du uptown-downtown, sans tomber sur une arnaque, des cops avec des gants de latex, quelqu'un qui s'envoie un shoot en plein trottoir, une soucoupe qui tweake ou une autre qui flippe. Le chaos régnait, il s'agissait de savoir tirer son épingle du jeu et nos affaires allant bon train, on se re-crinquait à toutes les fois qu'on avait accumulé assez d'argent. Je pense qu'il était content de rencontrer un Canayen aussi fou que lui, il me racontait les trucs qu'il connaissait pour faire du cash, me présentait les vieux et les vieilles de la rue et les dealeurs qui redonnaient une cut sur les ventes qu'on leur facilitait, les cordes. Un vrai.&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Ça faisait une semaine que j'étais arrivé à Vancouver. J'avais eu le temps de soutirer un chèque au bureau de la welfare, de m'inscrire à la bibliothèque du Carnegie Center, de me faire fourrer en achetant du mauvais smack et de me retrouver à faire la tournée de grand-duc des missions qui servaient de la sloppe. Ma chambre au Cobalt Hotel était à peine plus grande que le matelas simple qu'elle recelait, les murs et le plafond étaient parsemés de taches de sang et la fenêtre donnait sur un tas de déchets empestant le cadavre. J'étais loin des cimes jet-set de l'Himalaya et des temples népalais de mes rêves d'enfance, mais, malgré tout, j'avais le sentiment d'être au bon endroit. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain soir, en reprenant mes couleurs au sortir d'une ruelle, je suis retombé dessus. Je venais tout juste de fourguer ma guitare et mon perfecto à la pawnshop et de m'envoyer un petit déjeuner dans le bras. Nous avons repris notre scam de la veille pendant une couple d'heures infructueuses et, par la suite, il m'a traîné chez lui en me disant qu'on irait, plus tard, dans le centre-ville, fouiller dans les conteneurs sur les chantiers de construction. À deux avec des chariots d'épicerie on pourrait se dégoter et trimballer plein de métal à revendre à la scrapyard le matin venu, un autre se ses trucs. Je n'avais encore rien de mieux à faire et je l'ai accompagné. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Parce qu'il avait perdu ses clefs, on devait passer par l'arrière. En silence, du mieux qu'on le pouvait, il fallait monter dans un escalier de secours grinçant de partout pour sauter sur le building adjacent d'ou on grimpait sur le toit de son hôtel en s'accrochant à une corde pendant du rebord de la couverture. Enfin rendu, il ne restait plus qu'à se laisser tomber par un carreau défoncé du puit de lumière sans s'égorger au passage et on y était. Simple. Sa chambre était un bordel total: la tapisserie qui tenait encore aux murs était couverte de coulisses de moisissure, un cinq gallons de plastique pour recueillir l'eau dégouttant du plafond débordait sur le tapis dans un coin avec un gros tas de linge pouilleux en guise de paillasse dans l'autre et le reste du plancher libre était jonché de cadrans éventrés et de machins électroniques démantibulés qu'il devait s'amuser avec sur ses fins de trips. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Nous avons passé, quoi, une demi-heure, une heure, lui, à jouer au savant fou avec ses vieux bas, ses ressorts et ses transformateurs, et moi, à halluciner sur les insectes du tapis en écoutant le chant des cigales dans mes oreilles. Après, je ne me souviens plus si c'était des fourmis ou des punaises que j'avais dans les jambes, mais, j'ai commencé à fatiguer et à paranoïer de rester sur place et je lui ai demandé si on partait bientôt. Il m'a répondu qu'il était encore trop de bonne heure, qu'on devait attendre, mais, que si on était chanceux on pourrait aller rendre visite à sa voisine de palier, Mary. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Il sortit et moins de deux minutes plus tard, revint dans la chambre en se grattant la tête, l'air inquièt et de chercher ses mots. La voisine était chez elle, mais avant d'y aller il tenait à m'expliquer: l'Amérindienne pouvait être dangereuse quand elle buvait. Elle détestait les hommes, les blancs en particulier, et pour un rien, elle pouvait te sauter dans le portrait, quels que soient ta grandeur ou ton poids. Il fallait être prudent avec et mieux valait ne pas l'embêter, à part ce détail, elle était n'était pas méchante. Il ne s'agissait que de se mettre à courir si elle donnait l'impression d'avoir les fils qui se touchent. À l'écouter, j'ai soudainement déchanté à la pensée d'aller la rencontrer, ce n'était pas exactement le genre d'affaire qu'on aime entendre à la descente d'uptown, mais voilà, je n'avais nulle part de mieux ou aller.&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Du plafonnier dans le couloir menant chez elle une ampoule brûlée pendait au bout d'un fil tordu, le tapis était imbibé de jus gommant et la place puait tellement que même en inspirant par la bouche l'odeur donnait le goût de vomir. La porte de sa chambre avait été arrachée et elle traînait sur le sol, éclairée par quelques watts de lumière enfumée provenant de l'intérieur. Je laissai mon guide passer le premier et me donnant une contenance relaxe, je vins me planter dans l'encadrement de l'ex-porte, un peu parano et prêt à détaler à la course. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Elle était assise sur un vieux matelas posé à même le plancher dans le coin du fond. Devant elle, les seuls autres meubles de sa chambrette: un cendrier trop plein et une bouteille de vinaigre de vin de riz. Jean-René s'est assis en indien devant elle, lui a quêté une cigarette et me présenta, the frenchie. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;De longs cheveux noirs ondulés descendaient sur ses épaules. Petite femme de cinq pieds quelques. Elle portait une chemise de chasse rouge avec une manche retroussée, un bracelet de cuir tressé au poignet, un blue-jean et des bottes à caps d'acier, toutes petites elles aussi. Du revers de la main, elle s'est dégagé le visage, s'est tournée la tête dans ma direction et, avec un petit sourire narquois et du brillant dans les yeux, m'a examiné quelques secondes.&lt;br /&gt;"I'll call you Shitbrown Eyes."&lt;br /&gt;Puis, tapotant le matelas près d'elle.&lt;br /&gt;"Come in, sit".&lt;br /&gt;Belle Mary. Nous avons vidé sa bouteille, fumé son pot en feuille et ses clopes et elle nous a raconté son histoire. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Elle était originaire de plus haut au nord de la province, Port-Albert si mes souvenirs sont exacts. Un coin du pays ou la terre, l'eau et le ciel et tous les êtres vivants sont des manifestations de l'esprit des forces créatrices de l'Univers. Enfant, des missionnaires catholiques l'avaient enlevé à sa famille pour l'éduquer et la convertir. Briser, dompter et soumettre la sauvagesse et lui inculquer la religion et la culture de l'homme blanc. Après l'avoir humilié, dépouillé et tondu, ils l'avaient affublé d'un prénom étranger: Mary. Elle évoqua rapidement ce qu'avait été son "éducation": abus physique et psychologique, sévices sexuels et privations en tout genre, le propre du catholicisme débile à son meilleur. Adulte, quand on la relâcha dans le trafic, d'instinct et tout naturellement elle était revenue auprès des siens pour réaliser qu'elle ne les reconnaissait plus. Sa famille avait été déchirée et éparpillée aux quatre vents, ses parents disparus, décédés, ses frères et soeurs, comme elle, des déracinés, absents. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Incapable de s'adapter, elle partit vivre dans une petite ville minière de l'Alberta où elle se maria et donna naissance à deux filles. Son époux alcoolique la battait et en abusait sexuellement. Ne connaissant rien de mieux, elle aussi, buvait à s'en dévisser la raison. Un jour, les services sociaux lui ont retiré la garde de ses enfants et ça a été sa fin. C'en était plus qu'elle ne pouvait supporter et elle s'est alors enfuie tel un animal blessé et traqué. Elle habitait skidrow-beach de Vancouver avec ses semblables, frères et soeurs d'exil, depuis une vingtaine d'années, survivant dans les bas-fonds d'un monde invivable ou elle n'avait jamais trouvé sa place. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Quand est arrivé le moment partir, je l'ai embrassé sur le dessus de la tête. Sa main s'est agrippée à mon bras et est venue rejoindre la mienne pour la serrer. Elle m'a fait un clin d'oeil avec un sourire rempli de tendresse sur les lèvres. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Nous avons passé le restant de la nuit à fouiller et écumer les chantiers de construction comme prévus, deux gonzos à moitié saouls et en manque de poudre. Cuivre, stainless, aluminium, câbles, tuyauterie,ou biens publiques, tout ce qu'on pouvait mettre le grappin dessus et se sauver avec nous l'entassions dans nos carrosses, rigolant comme de futurs millionnaires. Nous devions passer par les ruelles pour nous cacher des policiers et être prudents, car certains chantiers étaient gardés par des chiens. La partie la plus pénible du travail étant d'attendre mon complice quand il perdait la boule et se mettait à éventrer des sacs-poubelle pour des raisons occultes ou pour trouver des mégots à fumer. Au matin, nous amarrâmes nos paniers débordants de butin devant la grille de la scrapyard sur Main street et quelques minutes avant neuf heures, un gros bonhomme plein de graisse et de poils dans les oreilles nous accueillit en grognant. Une fois tout le métal pesé, nos millions devinrent trente-cinq piastres, tout juste assez pour remplir nos seringues. &lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;Fourbu, morveux et crotté, je suis rentré au chic Cobalt pour me shooter en soldat. Après avoir salué le veilleur de nuit qui ronflait, j'ai ramassé le journal du jour qui traînait sur le comptoir de la réception et je suis monté à ma chambre. À la une: la nuit précédente on avait découvert dans un parking sous terrain trois jeunes blancs arborant des t-shirts de Kurt Cobain qui s'étaient gazés à l'intérieur d'un vieux K-car vert immatriculé dans La Belle Province. Tuyau de sécheuse, duct-tape, et exhaust, loin du Nirvana eux aussi, faut croire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;*&lt;strong&gt;CASES NO. 1-4. S. DALLAIRE, M. COTE, S. LANGLOIS, &amp;amp; AN UNNAMED FRIEND&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Steve Dallaire, from Labrador City, Newfoundland, and two other young men, Michael Cote and Stephane Langlois from Fermont, Quebec (Fermont is near the Labrador border, hence the case has become known as "the three teenagers from Quebec"). A basic report can be found in many sources, such as the &lt;u&gt;Globe &amp;amp; Mail&lt;/u&gt;, Thurs., Oct. 20, 1994 (Toronto, Canada). This story broke the heart of a nation, and shocked many people who had previously not considered the impact of Cobain's death. The RCMP stated clearly that the case of the three teenagers was Cobain related. The later suicide of their unnamed friend is also considered to be Cobain related. Basically, the 3 young men travelled on a cross-continent trip which ended in Langley, B.C., where they committed suicide in their car by carbon monoxide poisoning. They left a full journal, and a pair of worn, denim jeans covered in hand written ink with Cobain's lyrics and some other writings. A cassette tape by Nirvana was found in the car's cassette deck. The incident attracted major national and international news coverage, including a feature cover story in the widely circulated MacLean's Magazine, and a full 1 hour television documentary by CBC TV's award winning investigative journalism program, The Fifth Estate. &lt;/i&gt;&lt;/span&gt;  &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8076394666653040381-736194912935891316?l=calepinsdjonk.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/736194912935891316'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/736194912935891316'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://calepinsdjonk.blogspot.com/2009/09/normal-0-21-false-false-false.html' title=''/><author><name>Pat Caza</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00241266894970343549</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/_wIoLicrSD_U/SZhg53aN7hI/AAAAAAAAB9c/3BY4L5rpHuA/S220/cyclopat-128.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_wIoLicrSD_U/SrAB5EwexwI/AAAAAAAACHc/nisfg8sYLqM/s72-c/CobaltHotel.JPG' height='72' width='72'/></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8076394666653040381.post-533544228890722482</id><published>2009-02-16T10:18:00.000-08:00</published><updated>2009-02-16T10:23:14.148-08:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;span style="font-family: arial;"&gt;le petit Steve habitait dans une maison de chambres rue St-Denis, dans la côte entre Ontario et Sherbrooke, une piaule&lt;br /&gt;tout maigre et crotté, un fantôme en lambeaux en comparaison du rasta-punk à dreads flamboyant et tripant qu'il était quand on s'est connu dans les belles années des Foufounes Électriques&lt;br /&gt;c'était à mes débuts, mes premiers mois, les "meilleurs"&lt;br /&gt;il me donnait de la marde à chaque fois que je me pointais chez lui&lt;br /&gt;—Pat, crisse, tu devrais pas, tu vas regretter&lt;br /&gt;—Come on, man. j'morve et jvas me chier dans les culottes, fais moi pas la morale, on en parlera après...&lt;br /&gt;et il m'en vendait, j'avais le cash, il en avait besoin&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;on faisait ça chez lui, une petite chambre minable de paumé avec des cochonneries partout et plein de brûlures de clopes sur le bord du lit et dans le matelas&lt;br /&gt;après, on allait sur le toit de la bâtisse pour passer notre rush et cracher sur les touristes qu'avaient l'air de fourmis sur le trottoir d'en bas, quatre, cinq, deux millions d'étages plus bas&lt;br /&gt;sans dire un seul mot, stones&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;je me souviens d'un soir ou j'étais passé le voir, peu de temps après souper, un soir d'automne&lt;br /&gt;je travaillais à l'époque et comme j'en avais les moyens, je venais faire le plein pour m'entretenir la veine pendant quelques jours&lt;br /&gt;il m'avertit qu'il attendait une copine et je le rassurai "je fais ça et je décolle, t'inquiète pas"&lt;br /&gt;quelques minutes plus tard on se grattait la face assis à table en fumant des Peter Jackson, un cendrier débordant de merdes et une cuillère à soupe tordue et noircie entre nous&lt;br /&gt;c'est à ce moment qu'elle est arrivée, à l'heure prévue&lt;br /&gt;je leur ai souhaité du bon temps, clin d'oeil épais à Steve et je suis disparu&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;les murs et les escaliers de la maison de chambres avaient l'air d'être un peu plus croches qu'à mon arrivée, mais pas assez pour m'empêcher de retrouver mon chemin vers l'extérieur&lt;br /&gt;il faisait froid, un vent de fin Octobre poussait des feuilles rouillées sur les trottoirs et entre les bagnoles dans la rue, ça sentait l'hiver&lt;br /&gt;j'ai descendu à pied la rue St-Denis jusqu'à l'arrêt de l'autobus 125 qu'allait vers l'Est, vers la maison&lt;br /&gt;quand l'autobus est arrivée, j'ai jeté ma cigarette dans le caniveau avant d'embarquer et je suis allé m'écraser dans le fond, au chaud au-dessus du moteur diesel qui grondait à plein&lt;br /&gt;à peine un quart d'heure plus tard, arrivé à destination j'ai fait sonner la cloche en tirant sur la corde d'usage pour avertir le conducteur que je voulais débarquer et je suis sorti au coin de la rue Nicolet&lt;br /&gt;home sweet home&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;j'avais besoin de rien et je suis passé devant le dépanneur sans m'arrêter, juste un salut du menton à monsieur Tremblay et sa grosse moustache en guidon de vélo qu'on voyait debout derrière sa caisse dans la vitrine&lt;br /&gt;sans trop de peine ni faire de bruit j'ai réussi à grimper l'escalier et j'ai ouvert la porte de l'appart' avant de la refermer en vitesse pour garder la chaleur en dedans&lt;br /&gt;j'ai retiré mon manteau et mes bottes et les ai lancé dans un coin&lt;br /&gt;je me suis rendu dans la cuisine et j'ai mis la main sur la poignée d'une armoire au dessus de l'évier...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Pat, Pat, mon esti de chien, Pat, fait pas le con, crève pas !"&lt;br /&gt;"hein? quoi ?"&lt;br /&gt;c'était qu'un "rêve", ma première petite od&lt;br /&gt;j'étais étendu sur le tapis crasseux chez Steve et il me sacrait des claques dans la face en paniquant, les yeux sortis de la tête&lt;br /&gt;sa copine assis sur le lit était occupée à se cuire de la médecine et m'ignorait plus qu'autre chose&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;je me suis relevé avec un grand sourire de bourré au bouchon et je suis parti, cette fois, pour vrai&lt;br /&gt;ce soir là, à la maison, conscient d'y être presque passé, je me suis tout shooté ma réserve question de célébrer le trip d'être en vie&lt;br /&gt;être en vie...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Steve est mort cet hiver là&lt;br /&gt;Janvier-Février, dans ces eaux&lt;br /&gt;je me souviens plus exactement, mais je sais que c'est arrivé après le temps des fêtes, j'attendais mon premier chèque de chômage&lt;br /&gt;on se les gelait et le vent bourrassait de la poudreuse, la traitre, celle qui fouette dans la face, un flash, ça je me rappelle&lt;br /&gt;je lui devais du cash, une cinquantaine de piastres que j'avais dans les poches en plus d'un vingt pour me payer un demi point&lt;br /&gt;pourquoi je donnais signe de vie&lt;br /&gt;j'ai composé mon numéro après le message et le beep de son téléavertisseur, c'est sa blonde qui m'a rappelé&lt;br /&gt;ça arrivait des fois quand il était trop paf, elle m'a rien dit au téléphone, juste donné rendez-vous au métro de la Place des Arts&lt;br /&gt;je suis allé la rejoindre à vélo, j'imagine que c'est la raison pourquoi je me souviens du temps qu'il faisait&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;dans les derniers temps il mélangeait coke et héro, des speedballs, et de plus en plus souvent ses comptes ne balançaient pas&lt;br /&gt;la semaine d'avant son fournisseur l'avait menacé de lui retirer la run, il a du freaker&lt;br /&gt;on l'a retrouvé devant sa piaule de la rue St-Denis, il est sorti de la maison et s'est écrasé mort sur le trottoir, une OD, une vraie&lt;br /&gt;ce qu'elle m'a raconté après m'avoir expliqué que ce serait maintenant avec elle que je dealerais&lt;br /&gt;ma dette venait soudain de s'envoler, Steve était monté au ciel avec sa liste de front&lt;br /&gt;je me suis payé tout ce que le contenu de mes poches pouvait me payer et je suis revenu après m'être enligné un hit aux toilettes du Presse-Café d'à côté&lt;br /&gt;le reste, la tournée d'adieu du Steve, je me le suis tout envoyé le même jour&lt;br /&gt;faisait bon être en vie...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8076394666653040381-533544228890722482?l=calepinsdjonk.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/533544228890722482'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/533544228890722482'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://calepinsdjonk.blogspot.com/2009/02/le-petit-steve-habitait-dans-une-maison.html' title=''/><author><name>Pat Caza</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00241266894970343549</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/_wIoLicrSD_U/SZhg53aN7hI/AAAAAAAAB9c/3BY4L5rpHuA/S220/cyclopat-128.jpg'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8076394666653040381.post-2809929815296386408</id><published>2008-07-19T08:13:00.001-07:00</published><updated>2008-07-19T08:13:28.455-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;div class="entry"&gt; &lt;div class="snap_preview"&gt;&lt;p&gt;presque qu’un an et demi plus tard, encore en vie, je lui écrivais&lt;br /&gt;“…vous n’aurez jamais idée de l’état dans lequel j’étais alors et de ce que j’ai vécu depuis notre rencontre…j’écris seulement pour dire que je me porte bien et que votre truc à propos des anges est peut-être vrai, que je commence à croire, et pas seulement en avion…”&lt;br /&gt;elle se souvenait du jour ou nous nous étions croisés, m’avait répondu, écrit à la main sur une feuille violet avec une clef de sol et quelques notes dessinées dans un coin, que de bons mots et une fleur séchée dans l’enveloppe&lt;br /&gt;j’habitais alors dans un ancien couvent reconverti en centre d’entraide pour toxicomanes&lt;br /&gt;petit village de 300 âmes en campagne avec une rivière, un pont et en guise de “&lt;span style="font-style: italic;"&gt;downtown&lt;/span&gt;“: une cabine de téléphone dans le stationnement désert de l’église&lt;br /&gt;un trou perdu parmi les champs de patates&lt;br /&gt;je partageais une chambre avec trois autres types au dernier plancher de la bâtisse grise en pierres des champs, la pièce faisait le coin à l’arrière, plein soleil, Le loft de la place&lt;br /&gt;je n’ai aucun souvenir des deux autres mais il y avait Roger&lt;br /&gt;on m’avait placé avec sachant qu’il était le genre de gars qui me tomberait sur les nerfs, souvent ce qu’on fait en thérapie pour nous brasser un max&lt;br /&gt;les dernières cinq semaines d’un séjour de six mois&lt;br /&gt;Roger s’était retrouvé en Maison de thérapie parce qu’un juge clément (ou simplement tanné de le revoir année après année) lui avait offert le choix entre ça ou la prison&lt;br /&gt;un vieux bum du centre-ville de Montréal, alcolo brûlé à la corde, pas méchant pour cinq cennes, juste fini à l’os&lt;br /&gt;il s’était prêté au jeu de bon coeur, se refaisant une santé sans trop créer d’histoires, mais il ne le cachait à personne : “je coule mon temps facile ici et le jour ou je sortirai, je me la pète”&lt;br /&gt;son obstination à cracher sur tout espoir et le fait qu’il prenait peut-être la place de quelqu’un qu’aurait bien voulu s’en sortir, je le détestais pour ça&lt;br /&gt;vieux crisse de Roger&lt;br /&gt;et j’ai appris à le connaitre&lt;br /&gt;dans nos temps libres, il pouvait arriver qu’on joue ensemble aux échecs mais il parlait rarement, jamais de lui&lt;br /&gt;un de ces soirs, c’est arrivé qu’une fois, il m’a sacré en bas de mon cheval&lt;br /&gt;nous étions au salon, une vieille punk, Roger et moi&lt;br /&gt;il s’était mis à réciter de la poésie de mémoire&lt;br /&gt;je n’ai jamais su si c’était de lui ou d’un auteur célèbre, il n’a jamais voulu dire, répondant que ça n’avait pas d’importance&lt;br /&gt;mais les mots, les paroles qu’étaient sortis de cet être mortellement blessé&lt;br /&gt;spleen à en péter des cordes et des manches de guitare&lt;br /&gt;loin d’être une soucoupe le Roger, l’œil soudainement très clair et même affichant un soupçon de sourire en coin&lt;br /&gt;à partir de cette soirée j’ai commencé à le regarder autrement&lt;br /&gt;son visage bourru, les joues pleines de taches oranges, un nez tout écrapou, sa tignasse rousse toujours emmêlée, ses mains larges, potelées et pleines de cicatrices&lt;br /&gt;dans ses yeux, tant de souffrance&lt;br /&gt;quelques fois alors que nous étions seuls dans la chambre et qu’il était d’humeur à jaser, il m’avait donné des indices de la vie qu’il avait connu avant la rue et sa déchéance alcoolique&lt;br /&gt;je le regardais autrement, je ne le prenais pas en pitié, il restait son seul maitre et c’était lui, personne d’autre, qui foutait tout en l’air, seulement, je comprenais mieux le bonhomme et le poids qu’il se trimballait sur les épaules, son fardeau&lt;/p&gt; &lt;p&gt;je l’ai revu une fin novembre quelques ans plus tard alors que les froids commençaient&lt;br /&gt;j’étais comme lui, encore à la rue, à ma première rechute&lt;br /&gt;avachi sur un banc devant l’église du coin St-Denis, soul mort et accroché à sa grosse bière comme à un biberon, il gueulait sa colère et sa misère à la foule qui passait sur le trottoir de la Ste-Catherine en ce vendredi soir, du sang mélangé à la bave qui lui coulait sur le menton, un œil et l’arcade sourcilière tout amoché et enflé&lt;br /&gt;impossible de l’approcher, comme l’animal pris au piège, il ne m’aurait jamais reconnu, m’aurait mordu&lt;br /&gt;quelques semaines plus tard dans la file d’attente de la Mission j’appris qu’on l’avait retrouvé congelé dans un banc de neige&lt;br /&gt;avec son poème&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8076394666653040381-2809929815296386408?l=calepinsdjonk.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/2809929815296386408'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/2809929815296386408'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://calepinsdjonk.blogspot.com/2008/07/presque-quun-et-demi-plus-tard-encore.html' title=''/><author><name>Pat Caza</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00241266894970343549</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/_wIoLicrSD_U/SZhg53aN7hI/AAAAAAAAB9c/3BY4L5rpHuA/S220/cyclopat-128.jpg'/></author></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-8076394666653040381.post-4408702467037945458</id><published>2008-07-19T08:12:00.001-07:00</published><updated>2008-07-19T08:12:54.874-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;p&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;elle m’avait confié croire aux anges, en leur protection, qu’ils veillaient sur nous&lt;br /&gt;Elisabeth qu’elle se nommait&lt;br /&gt;de la rue Queen au centre-ville, j’étais débarqué en tempête à l’aéroport torontois speedé d’un hit de crack liquéfié au jus de citron que je m’étais tapé dans le taxi&lt;br /&gt;un Alphonse Daudet et un Anne Rice dégotés à la Mission ou j’avais créché dans les poche du jacket, sac de marin en bandouillère avec fourrés dedans quelques guenilles, des cahiers, une cinquantaine de térumos dans un ziplock et un couteau de chef d’une douzaine de pouces à la poignée de merisier roulé dans un journal&lt;br /&gt;les douaniers, pour qui je devait être diabétique heavy, après m’avoir scanné la poche m’ont demandé de leur remettre la lame de cuisinier qu’ils ont placé dans une petite boite de carton avec mes coordonnées écrit dessus qu’on devait me remettre au débarquement&lt;br /&gt;que je n’ai jamais récupéré perdu que j’étais&lt;br /&gt;un matin de fin d’aout&lt;br /&gt;j’allais m’envoler pour Vancouver&lt;br /&gt;fou dans la section réservée à l’attente je devais suer et puer d’impatience et avoir l’air totalement égaré avec mes grands yeux ronds de fucké, mais comme j’avais à poireauter un bon brin j’ai pu me calmer et reprendre la contenance normale d’un redescendu sur terre avant l’arrivée des autres passagers en essayant de tenir un bouquin sans le manger et en tapant du pied sur l’hardcore qui me faisait débattre le coeur&lt;br /&gt;de tout ceux qu’étaient libres, elle avait choisi le siège à mon côté&lt;br /&gt;une dame dans la cinquantaine, montréalaise anglophone qu’allait visiter pour quelques jours sa fille à Burnaby&lt;br /&gt;elle ne portait qu’un simple bagage à main, un parka kaki, un jeans et des bottes de randonnée&lt;br /&gt;cheveux à mi-dos poivre et sel attachés en queue de cheval, deux délicats traits de crayon sous les yeux, un peu de rouge sur les lèvres, des mains toutes en douceur, le teint rosé et souriante&lt;br /&gt;elle m’avait demandé à propos du livre derrière lequel je me cachais et de fil en aiguille nous nous étions présentés&lt;br /&gt;d’une confidence à une suggestion de lecture elle m’avait raconté avoir vécu quelques temps dans un Ashram de Pondichéry aux Indes&lt;br /&gt;elle avait les yeux d’un vert intense et un regard profondément attendrissant une fois dans le 767 elle prit place dans le fond, adossée au mur d’où sortaient les hôtesses et je m’assieds près d’un hublot qui donnait sur l’aile droite de l’oiseau géant&lt;br /&gt;mon premier vol&lt;br /&gt;au décollage j’ai bien cru que tout était pour arracher mais la machine tint bon le ciel, j’étais enfin parti, fugitif en exil&lt;br /&gt;à une occasion je suis allé lui mettre une main sur l’épaule et lui dire comment c’était magique d’admirer le pays de mon siège: les arbres, les lacs, les montagnes, les chemins, les habitations colorés, les cumulus blancs, l’Ouest enfin dans l’air frais d’un après-midi qui commençait déjà à sentir l’automne, à la porte de l’International Airport de Georgia St. nous nous sommes quittés et souhaité l’au-revoir&lt;br /&gt;j’embarquai sans regarder derrière dans l’autobus qui me conduirait sur la Main, mais cette conversation à propos des anges m’avait touché, même ébranlé un peu, fêlé l’armure&lt;br /&gt;sur cette note, les yeux tout picossés par l’intensité de la lumière du jour et sur un down de freebase shootée, je foulais enfin le sol de ce que je croyais alors être la destination finale de mon calvaire de junk&lt;br /&gt;direction Chinatown&lt;p&gt;&lt;span style="color:#ffffff;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/8076394666653040381-4408702467037945458?l=calepinsdjonk.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/4408702467037945458'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/8076394666653040381/posts/default/4408702467037945458'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://calepinsdjonk.blogspot.com/2008/07/elle-mavait-confi-croire-aux-anges-en.html' title=''/><author><name>Pat Caza</name><uri>http://www.blogger.com/profile/00241266894970343549</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/_wIoLicrSD_U/SZhg53aN7hI/AAAAAAAAB9c/3BY4L5rpHuA/S220/cyclopat-128.jpg'/></author></entry></feed>
